LE PLAISIR DE COURIR ?

Je ne vous ferai pas l'affront de vous expliquer ce qu'est la course à pied, tout le monde le sait, et rares sont ceux qui n'ont jamais essayé au moins une fois.

Je vais plutôt vous parler de ma philosophie de la course à pied en espérant convaincre certains de s'y remettre, et d'autres d'avoir une vision différente de celle-ci dans le but de les re-motiver si besoin est.

L'être humain s'est génétiquement développé pour être un coureur. Nous sommes pratiquement la seule espèce à transpirer, ce qui nous permet d'évacuer la chaleur et continuer à courir des heures durant. Aucun animal ne peut courir aussi longtemps que l'homme sans avoir besoin de se 'refroidir'. Les hommes ont toujours couru et certaines tribus amérindiennes ou africaines continuent de parcourir des centaines de kilomètres par semaine en courant, sans être pour autant à la recherche de performances, mais plus simplement par un mélange de besoin pour survivre (chasse, ravitaillement) et de plaisir!!!

Et c'est bien cette sensation de plaisir qu'il faut trouver ou retrouver pour pouvoir pratiquer la course à pied sur le long terme. Les coureurs ayant arrêté l'ont fait - hors blessures - par perte de ce plaisir, les personnes n'arrivant pas à commencer ne voient pas quel plaisir elles pourraient avoir, la plupart du temps par des souvenirs 'douloureux' d'essais du passé.

Une des causes principales de la perte de plaisir est la contrainte de performance personnelle que l'on s'impose. Quelque soit son niveau, un coureur va vouloir suivre un plan d'entraînement. Si ce n'est pas un plan, ce sera au moins un rythme cardiaque, une distance, une durée de course à tenir que le coureur va s'imposer. Et du moment qu'une chose nous est imposée, comment y prendre du plaisir?

Vous êtes débutant, voulez courir 15 minutes pour la première fois, mais vous n'en êtes pas capable - ce jour là parce que vous êtes fatigué, ou qu'il fait trop chaud, ou tout simplement pas dans vos capacités actuelles - et du coup vous vous forcez ou abandonnez avant et aucun plaisir ne sera possible dans cette situation.

Vous êtes un coureur averti, avez suivi de nombreux plans d'entraînement, mais il arrive un moment où s'astreindre à des efforts importants plusieurs fois par semaine devient difficile, voire impossible. Le désir de performance disparaît et on lâche tout, car l'on a pas ou plus de plaisir à courir.

Quelle est donc la solution? Comment trouver ou retrouver ce plaisir?

Il suffit de changer sa vision de la course et sa mentalité. Voici quelques pistes pour vous y aider:

- Redevenir un enfant. La majorité des enfants adorent courir, mais pas pour aller d'un point à un autre dans un temps record. Rappelez vous de votre enfance ou des enfants de votre entourage lors de balades en forêt, montagne ou autres, ou lorsqu'ils jouent à plusieurs. Ils vont très souvent marcher, puis courir à fond d'un point à un autre sans réelles raisons, s'arrêter, puis faire un sprint dans une côte pour arriver le premier en haut avant les parents ou les copains, puis marcher avant de courir à nouveau car ils ont vu un animal passé qu'ils veulent mieux voir ou attraper... Bref vous avez compris où je veux en venir, ils courent par plaisir et non par nécessité ou entretien de leur santé.

- Admirer ce qui vous entoure. Vous aimez l'architecture? Courez en ville et regardez les bâtiments, maisons, monuments, prenez le temps de ralentir devant eux, voire marcher, puis accélérez si rien ne vous plait dans le secteur jusqu'au prochain point d'intérêt.

- Vous aimez la faune, la flore? Choisissez vos zones de courses en fonction. Le quartier est fleuri? Prenez le temps et le plaisir de regarder les jardins et squares du quartier. Vous vous rendrez compte que vous n'avez jamais vraiment regardé ce dernier. Si votre environnement ne vous convient pas, prenez un véhicule, allez chercher le coin qui vous plait et profitez en, redécouvrez le.

- Vous avez un chien? Pourquoi ne pas courir avec lui? Si cela est possible laissez le en liberté et laissez le vous guider pour votre course. En laisse à vos côtés, jouez avec lui! Faites des accélérations en faisant 'la course' avec lui ; dans les côtes encouragez le à passer devant et à vous tirer ; il veut s'arrêter pour sentir une odeur quelconque, ralentissez, courez sur place ou même marchez, puis repartez dès que vous le désirez. Vous pouvez même vous procurer un baudrier adapté et vous intéresser au 'cani-cross'.

- Courez 'libéré' de tout équipement superflu. N'emportez pas de montres ou chronos vous emmenant donc une contrainte de temps, durée ou performance. Ne portez pas de cardio-fréquencemètre qui peut avoir un effet bloquant ou stressant en vous obligeant à vérifier régulièrement votre rythme cardiaque et à vous tenir dans une certaine tranche. Courez plutôt à la sensation et à l'envie. Vous saurez de toutes manières très rapidement si vous pouvez tenir tel ou tel rythme pendant plus ou moins longtemps. Et si vous avez envie d'accélérer, faites le! Peu importe si vous êtes à 70% de votre fréquence cardiaque Max ou à 90%. Quand cela deviendra trop difficile, rappelez vous de la notion de plaisir, et relâchez jusqu'à vous sentir bien de nouveau.

Pour illustrer tout ceci, et pour convaincre même les amateurs de performance, voici un extrait en anglais d'un fabuleux livre-roman sur la course à pied: 'Born to run'

Over the previous few years, Vigil had become convinced that the next leap forward in human endurance would come from a dimension he dreaded getting into: character. Not the “character” other coaches were always rah-rah-rah-ing about; Vigil wasn’t talking about “grit” or “hunger” or “the size of the fight in the dog.” In fact, he meant the exact opposite. Vigil’s notion of character wasn’t toughness. It was compassion. Kindness. Love. That’s right: love. Vigil knew it sounded like hippie-dippy drivel, and make no mistake, he’d have been much happier sticking to good, hard, quantifiable stuff like VO2 max and periodized-training tables. But after spending nearly fifty years researching performance physiology, Vigil had reached the uncomfortable conclusion that all the easy questions had been answered; he was now learning more and more about less and less. He could tell you exactly how much of a head start Kenyan teenagers had over Americans (eighteen thousand miles run in training). He’d discovered why those Russian sprinters were leaping off ladders (besides strengthening lateral muscles, the trauma teaches nerves to fire more rapidly, which decreases the odds of training injuries). He’d parsed the secret of the Peruvian peasant diet (high altitude has a curious effect on metabolism), and he could talk for hours about the impact of a single percentage point in oxygen-consumption efficiency. He’d figured out the body, so now it was on to the brain. Specifically: How do you make anyone actually want to do any of this stuff? How do you flip the internal switch that changes us all back into the Natural Born Runners we once were? Not just in history, but in our own lifetimes. Remember? Back when you were a kid and you had to be yelled at to slow down? Every game you played, you played at top speed, sprinting like crazy as you kicked cans, freed all, and attacked jungle outposts in your neighbors’ backyards. Half the fun of doing anything was doing it at record pace, making it probably the last time in your life you’d ever be hassled for going too fast. That was the real secret of the Tarahumara: they’d never forgotten what it felt like to love running. They remembered that running was mankind’s first fine art, our original act of inspired creation. Way before we were scratching pictures on caves or beating rhythms on hollow trees, we were perfecting the art of combining our breath and mind and muscles into fluid self-propulsion over wild terrain. And when our ancestors finally did make their first cave paintings, what were the first designs? A downward slash, lightning bolts through the bottom and middle—behold, the Running Man.

Distance running was revered because it was indispensable; it was the way we survived and thrived and spread across the planet. You ran to eat and to avoid being eaten; you ran to find a mate and impress her, and with her you ran off to start a new life together. You had to love running, or you wouldn’t live to love anything else. And like everything else we love—everything we sentimentally call our “passions” and “desires”—it’s really an encoded ancestral necessity. We were born to run; we were born because we run. We’re all Running People, as the Tarahumara have always known. But the American approach—ugh. Rotten at its core. It was too artificial and grabby, Vigil believed, too much about getting stuff and getting it now: medals, Nike deals, a cute butt. It wasn’t art; it was business, a hard-nosed quid pro quo. No wonder so many people hated running; if you thought it was only a means to an end—an investment in becoming faster, skinnier, richer—then why stick with it if you weren’t getting enough quo for your quid? It wasn’t always like that—and when it wasn’t, we were awesome. Back in the ’70s, American marathoners were a lot like the Tarahumara; they were a tribe of isolated outcasts, running for love and relying on raw instinct and crude equipment. Slice the top off a ’70s running shoe, and you had a sandal: the old Adidas and Onitsuka Tigers were just a flat sole and laces, with no motion control, no arch support, no heel pad. The guys in the ’70s didn’t know enough to worry about “pronation” and “supination”; that fancy running-store jargon hadn’t even been invented yet. Their training was as primitive as their shoes. They ran way too much: “We ran twice a day, sometimes three times,” Frank Shorter would recall. “All we did was run—run, eat, and sleep.” They ran way too hard: “The modus operandi was to let a bunch of competitive guys have at each other every day in a form of road rage,” one observer put it. And they were waaay too buddy-buddy for so-called competitors: “We liked running together,” recalled Bill Rodgers, a chieftain of the ’70s tribe and four-time Boston Marathon champ. “We had fun with it. It wasn’t a grind.” They were so ignorant, they didn’t even realize they were supposed to be burned out, overtrained, and injured. Instead, they were fast; really fast. Frank Shorter won the ’72 Olympic marathon gold and the ’76 silver, Bill Rodgers was the No. I ranked marathoner in the world for three years, and Alberto Salazar won Boston, New York, and the Comrades ultramarathon.

By the early ’80s, the Greater Boston Track Club had half a dozen guys who could run a 2:12 marathon. That’s six guys, in one amateur club, in one city. Twenty years later, you couldn’t find a single 2:12 marathoner anywhere in the country. The United States couldn’t even get one runner to meet the 2:14 qualifying standard for the 2000 Olympics; only Rod DeHaven squeaked into the games under the 2:15 “B” standard. He finished sixty-ninth.So what happened? How did we go from leader of the pack to lost and left behind? It’s hard to determine a single cause for any event in this complex world, of course, but forced to choose, the answer is best summed up as follows:$Sure, plenty of people will throw up excuses about Kenyans having some kind of mutant muscle fiber, but this isn’t about why other people got faster; it’s about why we got slower. And the fact is, American distance running went into a death spiral precisely when cash entered the equation. The Olympics were opened to professionals after the 1984 Games, which meant running-shoe companies could bring the distance-running savages out of the wilderness and onto the payroll reservation. Vigil could smell the apocalypse coming, and he’d tried hard to warn his runners. “There are two goddesses in your heart,” he told them. “The Goddess of Wisdom and the Goddess of Wealth. Everyone thinks they need to get wealth first, and wisdom will come. So they concern themselves with chasing money. But they have it backwards. You have to give your heart to the Goddess of Wisdom, give her all your love and attention, and the Goddess of Wealth will become jealous, and follow you.” Ask nothing from your running, in other words, and you’ll get more than you ever imagined. Vigil wasn’t beating his chest about the purity of poverty, or fantasizing about a monastic order of moneyless marathoners. Shoot, he wasn’t even sure he had a handle on the problem, let alone the solution. All he wanted was to find one Natural Born Runner—someone who ran for sheer joy, like an artist in the grip of inspiration—and study how he or she trained, lived, and thought. Whatever that thinking was, maybe Vigil could transplant it back into American culture like an heirloom seedling and watch it grow wild again. Vigil already had the perfect prototype. There was this Czech soldier, a gawky dweeb who ran with such horrendous form that he looked “as if he’d just been stabbed through the heart,” as one sports-writer put it. But Emil Zatopek loved running so much that even when he was still a grunt in army boot camp, he used to grab a flashlight and go off on twenty-mile runs through the woods at night......

Résumé de cet extrait pour les non-anglophones:

Un coach sportif appelé Vigil, ayant étudié tous les aspects de la course à pied depuis plus de 15 ans, sur les plans physionomiques, scientifiques, types et lieux d'entraînement, a fini par arriver à la conclusion qu'au-delà de tous les aspects physiques, l'approche 'cérébrale' de la course à pied était le dernier point a étudier. Le grand peuple coureur des Tarahumara n'a jamais perdu l'amour de la course que l'on peut avoir enfant. Peut être le plus grand coureur de tous les temps, Emil Zatopec, aimait profondément courir au-delà de toutes réalisations de performances. Les points communs entre ce peuple indien et ce coureur tchèque: une réelle gentillesse, joie de vivre permanente, compassion, amour des autres. D'autres parts, depuis la nuit des temps, la course à pied était une sorte d'art, développé avant tous les autres, un code ancestral nécessaire, si vous n'aimiez pas courir, vous ne pouviez pas vivre pour aimer quoique ce soit d'autre. La course à pied était maîtrisée en tant qu'art avant même les premières peintures rupestres qui représentaient très souvent l'Homme Coureur.

Plus récemment, dans les années 70, les marathoniens couraient simplement, sans réels protocoles d'entraînement, parfois jusqu'à 3 fois par jour. Ils couraient ensemble, entre amis et pas entre compétiteurs. Ils risquaient peut-être le sur-entraînement mais n'en savaient rien. Ils couraient avec les premières Adidas qui n'étaient guère plus que des sandales avec lacets, et pourtant ils allaient vite, très vite. Au début des années 80, le grand club de course à pied (amateur) de Boston comptait 6 coureurs de marathon en moins de 2H12Min. 20 ans plus tard, il n'y en avait plus un seul dans tout le pays. Aux Jeux Olympiques de 2000, aucun américain n'a pu se qualifier sous le standard de 2H14Min. Les jeux olympiques ont été ouverts aux pro après les jeux de 1984, l'argent et le marketing sont entrés en jeu et petit à petit le running pour le running a disparu. Les intérêts personnels sont devenus le but du running. Une conclusion de Vigil est : " Ne demandez rien à votre course à pied et vous en obtiendrez bien plus que vous ne pouvez l'imaginer! " C'est ainsi qu'il a cherché un Coureur-Né, courant par plaisir pur, et en est arrivé à découvrir Zatopec, le seul et unique coureur à avoir remporté, le 5000m, le 10 000m et le marathon au cours des mêmes J.O et en battant les records du monde de chacun.

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